Religion > Eglise Evangélique Arménienne

 
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Economie

  Origine et développement

  Origine et développement

Par le Pasteur Jean-Daniel Sahagian

Si le Mouvement évangélique arménien sous sa forme organisée apparait. au milieu du XIXème siècle seulement, les principes qui l'inspirent ont de tous temps eu leurs partisans au sein de l'Eglise apostolique arménienne. On peut dire pratiquement de toutes les Eglises qui se sont constituées dans les tous premiers siècles de l'ère chrétienne, qu'elles ont eu pour ambition, au départ, d'être "êvangéliques", c'est-à-dire de s'inspirer des normes de l'Evangile. L'Eglise arménienne n'échappe pas à la règle... et les réformateurs ne manqueront pas en son sein qui s'efforceront au cours des siècles, avec plus ou moins de bonheur, souvent au mïlieu de l'incompréhension et des persécutions, de ramener leur Eglise à sa pureté primitive, de lui rendre son caractère évangélique des origines...
Ce désir d'un renouveau va se faire plus ardent vers la fin du XVème siècle et au début du XIXème siècle, et se manifester un peu partout à la fois, à Jérusalem, dans le Caucase, et surtout à Constantinople. Le début du XIXème siècle se caractérise par une renaissance générale, qui se manifeste sur tous les plans ; et le renouveau intellectuel s'accompagne tout naturellement d'un renouveau religieuxOn commence à réfléchir davantage sur les questions religieuses ; une élite existe, qui désire de tout coeur une réforme religieuse devenue bien nécessaire. Beaucoup en particulier souhaitent posséder la Bible et l'étudier.
Les Arméniens s'adressèrent aux Sociétés bibliques qui venaient de se créer, pour que celles-ci leur procurent des Bibles en abondance. Les Sociétés bibliques russe et anglaise unirent leurs efforts et commencèrent à publier en 1813 la Bible en grabar (arménien ancien), langue officielle de l'Eglise. En 1822 et en 1823, c'était coup sur coup la publication du Nouveau Testament en turc (seule langue alors parlée par une forte proportion du peuple arménien), et en arménien moderne, alors encore en voie de formation, et qui n'avait pas encore accédé à la dignité littéraire. La Bible commence cette fois à pénétrer dans les masses, et sa lecture suscite partout un grand intérêt.
Ce qu'il faut souligner, c'est que, avant même l'arrivée des premiers missionnaires américains, un renouveau spirituel avait commencé à se manifester les Arméniens. Et il existait déjà, au sein même de l'Eglise apostolique arménienne, tout un groupe de prêtres et de religieux, qui souhaitaient ardemment une réforme de leur Eglise. Dans le haut clergé lui-même, il ne manquait pas de sympathisants à ce mouvement. En bien des endroits, la simple lecture d'un fragment de la Bible ou d'une brochure religieuse suffira à provoquer un réveil religieux. Spontanément des groupes vont se former, pour s'adonner à la prière et à l'étude en commun de la Bible, et cela en dehors de toute intervention extérieure.
C'est dans ce contexte qu'était créé en 1828 à Constantinople un séminaire de théologie, destiné à améliorer la formation du clergé, formation assez négligée jusqu'alors. Ce séminaire devait aussi grandement contribuer à la diffusion des idées "évangéliques".
Il est vrai en même temps que l'arrivée des missionnaires américains en Turquie à partir de 1830, allait donner un nouvel élan à ce mouvement. Les missionnaires ouvrirent en particulier des écoles, où s'engouffrèrent en foule des enfants d'origine arménienne.
Tout ce mouvement de réforme, d'abord bien accueilli, en particulier les autorités religieuses de Constantinople, devait bientôt provoquer une réaction Le parti réactionnaire dans l'Eglise, avec l'appui des "amira", fit déposer le patriarche Stéphane Zak'arian, jugé trop sympathisant au Mouvement réformateur et le fit remplacer par l'évêque Hagopos Séropian, un homme connu pour son tion farouche aux idées nouvelles. Cela se passait en 1839. Dès lors, les choses vont aller très vite. Des arrestations eurent lieu, avec l'accord du gouvernement Turc et un climat de terreur s'établit.
Nous passons sur les détails. Simplement, l'erreur de toute persécussion religieuse va se vérifier encore une fois. La persécution et l'exil ne feront que donner un nouvel essor au Mouvement évangélique. Le Mouvement, jusqu'alors confiné surtout à Constantinople et à quelques grands centres, connut une nouvelle extension dans les provinces intérieures, grâce aux exilés. Jusqu'alors, les partisants des idées évangéliques espéraient pouvoir réformer leur Eglise de l'intérieur. Nul parmi eux ne désirait quitter cette Eglise. L'intolérance et les persécutions du parti réactionnaire devaient donner un autre cours aux événements.
Avec l'arrivée au pouvoir du patriarche Matt'êos Tchouhadjian., une nouvelle ère de persécutions, la plus violente de toutes, devait s'ouvrir pour les Evangéliques. Finalement, le 25 janvier 1846, tous les partisans du mouvement de réforme étaient excommuniés, et il ne leur restait plus d'autre solution que de se constituer en Eglise autonome, à moins de renoncer à leurs convictions des. Le 1er juillet 1846 était créée à Constantinople la première Eglise Evangélique arménienne, avec une quarantaine de membres. La nouvelle Eglise refusait de se rattacher à l'une des dénominations protestantes existantes et déclarait : " Nous n'avons pas besoin de nous décider pour telle ou telle dénomination. ni servilement quelque groupement étranger. Disciples de l'Evangile, en ayant adopté les principes vivifiants, nous désirons ramener notre Eglise-mère à son ancienne simplicité apostolique. Nous avons donc décidé de nous constituer en « Eglise Evangelique arménienne », et rien d'autre."
Avant la fin de cette année 1846, le nombre des Evangéliques déclaré-atteignait le millier. En 1915, à la veille du génocide arménien, les Evangéliques arméniens étaient au nombre de 60.000 en Turquie. Il s'agissait là d'une minorité. mais d'une minorité particulièrement active, avec des réalisations tout à fait remarquables, dans le temps et le contexte qui était le leur. Il s'agissait en effet de chrétiens "professants", présents aux cultes, avec un style de vie qui impressionnait ceux qui les entouraient, et un impact dépassant de loin leur importance numérique. Dans telle église d'Ayntab, en Cilicie, 3.000 fidèles se retrouvaient chaque dimanche au culte. Plus de mille enfants se retrouvaient à « l'école du dimanche », pour y recevoir un enseignement biblique. Les Evangéliques arméniens étaient à l'avant-garde pour la création d'écoles de tous niveaux, destinées aux jeunes gens aussi bien qu'aux jeunes filles, ce qui était une innovation. Une grande importance était donnée à cette ceuvre scolaire, ainsi qu'au travail spirituel parmi les enfants aussi bien que parmi les jeunes, grâce à la création d'" Unions chrétiennes de jeunes gens" au sein des églises.
Le rôle et l'aide des Missions américaines, importants pendant les premières décennies du Mouvement, devaient aller en diminuant, au fur et à mesure que les Evangéliques arméniens étaient en mesure de se prendre en charge eux-mêmes, tant sur le plan scolaire que sur le plan religieux : formation des responsables, constructions d'écoles et d'églises, etc.
Avec les événements tragiques de 1895-1896, et plus encore lors du génocide de 1915, les Missions américaines, et, à un moindre degré, les Missions allemandes et danoises, venues plus tard, devaient jouer un rôle providentiel, en concentrant tous leurs efforts pour sauver la vie de dizaines de milliers d'orphelins arméniens.
Après les massacres de 1915, le nombre des Evangéliques arméniens devait descendre à 15.000 et les rescapés devaient se disperser dans un grand nombre de pays, au même titre que leurs compatriotes.

 

 

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