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Le Paradis en Arménie
Pendant très longtemps, l'homme a cherché à
situer le Paradis Terrestre. Cette quête l'a mené parfois en Arménie.
Dans une perspective géographique, l'image du paradis terrestre
est à relier au contexte méditerranéen et proche-oriental,
marqué par le désert et l'eau rare. Le jardin y est la figure
idéale du bonheur, protégé de l'extérieur et rendu
possible par l'abondance de l'eau. La croyance en sa localisation orientale
résultait des deux noms de fleuves connus et d'une ambiguïté
de la traduction latine du texte biblique, la formule a principio (au commencement)
ayant été comprise comme ad orientem (à l'est). La croyance
qu'il avait échappé au Déluge impliquait une situation
très élevée, au sommet d'une montagne qui n'était
pas loin de toucher au cercle de la Lune, ce qui en faisait le château-d'eau
de la Terre. Toutes les localisations géographiques ont peu à
peu été imaginées : on a cherché à l'est,
en "haut" de la Terre, aux confins du ciel des cartes en T.O. (Ceylan,
Sumatra, la Chine ou l'Inde = Eden); on a cherché au nord, puis au sud
puisque Thomas d'Aquin le suggérait "sous l'équateur en un
lieu très tempéré"... On a cherché en Ethiopie,
Arménie, Mésopotamie, Palestine. A l'ouest, Christophe Colomb
qui se croyait sur le rivage oriental de l'Asie était persuadé
qu'il allait le trouver en remontant l'Orénoque.
En savoir plus
Ciel
et terre
Voici deux représentations géographique du Paradis
situé en Arménie :
Traité de la situation du Paradis terrestre
Paris, 1691 In-12
Pierre Daniel Huet
Paris, BNF, Impr. A 6697, f. 1, titre et carte
C'est à ses confrères académiciens que le père Pierre
Daniel Huet, qui passait pour l'un des hommes les plus savants de son temps,
propose ce court traité sur la situation du paradis terrestre. Entreprise
difficile tant : " la matière est obscure " : "On [l']a
placé dans le troisième ciel, dans le quatrième, dans le
ciel de la Lune, dans la Lune même, sur une montagne voisine du ciel de
la Lune dans la moyenne région de l'air, hors de la terre, sur la terre,
sous la terre [
] On l'a mis sous le Pôle arctique, dans la Tartarie,
là où est la mer Caspienne. D'autres l'ont reculé jusqu'à
la Terre de Feu. Plusieurs l'ont placé dans le Levant, ou sur les bords
du Gange, ou dans l'île de Ceylan, faisant même venir le nom des
Indes du nom éden. On l'a mis dans la Chine et même par-delà
le Levant dans un lieu inhabité, d'autres dans l'Amérique, d'autres
en Afrique, sous l'équateur, d'autres à l'Orient équinoxial,
d'autres sur les montagnes de la Lune, d'où l'on a cru que sortait le
Nil, la plupart dans l'Asie, les uns dans l'Arménie majeure, les autres
dans la Mésopotamie, ou dans la Perse ou dans l'Assyrie, ou dans la Babylonie,
ou dans la Syrie, ou dans la Palestine. Il s'en est même trouvé
qui en ont voulu faire honneur à notre Europe, et, ce qui passe les bornes
de l'impertinence, qui l'ont établi à Hesdin, ville d'Artois,
fondés sur la conformité de ce nom avec celui d'éden. Je
ne désespère pas que quelque aventurier, pour l'approcher plus
près de nous, n'entreprenne quelque jour de le mettre à Houdan."
Pour sa part, Huet préfère le situer " sur le fleuve que
produit la jonction du Tigre et de l'Euphrate, et qu'on appelle aujourd'hui
le fleuve des Arabes, entre cette jonction et la division que fait ce mesme
fleuve, avant que d'entrer dans la mer Persique ".
Carte du Paradis terrestre selon Moyse

Paris, rue Froimanteau, 1724
Pierre Moullart-Sanson
Paris, BNF, Cartes et Plans, Ge D 13530
18,5 x 29 cm ; feuille entière : 40 X 46,5 cm
Attenante à la Table historique du Premier âge du Monde Tirée
de la Genèse [
], cette carte suit l'opinion du bénédictin
Dom Calmet qui, au début du XVIIIe siècle, localisait le paradis
terrestre en Arménie, entre les sources du Tigre, de l'Euphrate, du Phase
et de l'Araxe. Depuis la Renaissance, les spécialistes ont passé
au crible de la critique différentes hypothèses géographiques,
tentant de concilier la lettre du texte sacré et les nouvelles connaissances
issues des grandes découvertes. Peu suivie au Moyen Âge, où
l'on supposait la zone torride inhabitable, l'hypothèse équatoriale
avancée par Tertullien fut ainsi défendue par plusieurs auteurs,
qui penchèrent pour une localisation tantôt en Afrique (Luis de
Urreta), tantôt dans le Nouveau Monde (Christophe Colomb, Antonio de León
Pinelo). Mais l'essentiel des commentateurs de la Genèse, soucieux de
respecter la lettre qui plaçait le jardin d'éden à l'orient
et citait le Tigre et l'Euphrate, optèrent pour le Proche ou Moyen-Orient,
sans s'accorder toutefois sur une localisation plus précise : l'Arménie
était ainsi en concurrence avec la Mésopotamie et la Terre sainte.
Sources : Bibliothèque Nationale
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