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Point de Vue Azéri
Cet
Interview, du Président Azéri Aliev, a été réalisé
par le Quotidien Français "Le
Figaro" le 8 août 2001
Le Figaro
: À deux reprises les chances de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan
de faire la paix se sont évanouies. La première fois en 1998,
quand le président arménien Levon Ter-Petrossian a démissionné,
la seconde en octobre 1999, après le massacre de plusieurs ministres
du président Robert Kotcharian, successeur de Ter-Petrossian, au parlement
d'Erevan. L'année 2001 avait bien commencé avec les sommets Aliev-Kotcharian
de Paris et de Floride. Vous deviez rencontrer encore une fois Robert Kotcharian
en juin à Genève. Le rendez-vous a été décommandé.
On a l'impression que les chances de paix vous filent à nouveau entre
les doigts?
Haydar ALIEV : Deux chances, deux occasions ont été
ratées, c'est exact. Lors de mes entretiens avec Kotcharian, au mois
d'avril à Key West en Floride, nous avons discuté d'une grande
partie de notre contentieux, mais pas de tout. Nous n'avons pas débattu
des questions fondamentales. Il est bien dommage que les trois coprésidents
du Group de Minsk (États-Unis, France, Russie), qui a été
chargé du dossier du Haut-Karabakh par l'OSCE, aient eu alors l'impression
que l'on pouvait, en partant de ces acquis, régler le problème
du Haut-Karabakh. Je savais très bien que si de nouveaux progrès
n'étaient pas réalisés une rencontre avec Kotcharian ne
s'imposait pas. J'ajouterais que l'Arménie a modifié son attitude.
Doit-on en conclure que tout est bloqué?
Vous ne me ferez pas dire que nous sommes dans une impasse ni que tout espoir
de paix a disparu. Tout dépend aujourd'hui de l'Arménie. Parce
que c'est un pays agresseur, parce qu'il occupe 20 % du territoire de l'Azerbaïdjan,
parce qu'il a forcé plus d'un million d'Azerbaïdjanais à
quitter leurs villes ou leurs villages. L'Arménie n'arrive même
pas à comprendre que tout cela est contraire au droit international,
aux principes des Nations unies et de l'OSCE. L'Azerbaïdjan de son côté
n'a même pas occupé un mètre carré de territoire
arménien.
Le Figaro
: Soit, mais comment résoudre le problème du Haut-Karabakh?
Erevan demande l'indépendance pour le Haut-Karabakh, ou encore son rattachement
à l'Arménie. Mais sur quelle base? Cette terre appartient à
l'Azerbaïdjan. Haydar ALIEV : Nous sommes conscients
du fait que la majeure partie de la population - 75 %, contre 25 % d'Azerbaïdjanais
- était arménienne avant la guerre. Mais cela ne veut pas dire
que le Haut-Karabakh doit accéder à l'indépendance.
Depuis, les Azerbaïdjanais ont été chassés. Beaucoup
d'Arméniens sont aussi partis, si bien que la population du plateau a
chuté d'environ 160 000 avant-guerre à 40 000 aujourd'hui, tous
Arméniens. Économiquement, le Haut-Karabakh est isolé,
de leur fait, pas du nôtre. Les Arméniens ont occupé sept
régions administratives d'Azerbaïdjan. Leurs habitants, près
de 900 000, ont été contraints de quitter leur terre natale et
sont désormais des réfugiés. Ces terres sont vides. Ce
ne sont pas les Arméniens qui les occuperont. Ni ceux de Marseille, ni
ceux de Los Angeles, ni ceux de Moscou. Ils ne viendront pas. Combien de temps
cette terre devra-t-elle rester ainsi vide?
Le Figaro
: Que dites-vous aux Arméniens?
Haydar ALIEV : Malgré plus d'un million de réfugiés,
notre économie est en progression, et si la paix régnait, les
communications seraient ouvertes, le commerce libre, en quelques années
l'Arménie pourrait devenir un pays développé. Mais ils
ne comprennent pas. Si c'est ainsi, nous avons encore le temps d'attendre.
Le Figaro
: Vous, peut-être, mais vos députés?
Haydar ALIEV : L'opposition me juge coupable. Toute l'opposition.
Elle veut la guerre pour regagner le territoire perdu. Mais il n'y a pas que
l'opposition. En un an l'attitude de la population a changé. Sa patience
est à bout. Dans sa majorité, elle veut la guerre. Ce n'est pas
moi qui l'y incite.
Lors de leur récente tournée en Arménie, au Haut-Karabakh
et en Azerbaïdjan, les coprésidents américain, français
et russe du Groupe de Minsk se sont inquiétés d'une possible reprise
des hostilités. Moi aussi, je suis inquiet.
Le Figaro
: Dans un tel climat, comment pourriez-vous convaincre les Azerbaïdjanais
d'accepter un compromis?
Haydar ALIEV : Ce sera très difficile. 99 % de la
population n'est pas d'accord avec les compromis vers lesquels je me dirige.
Il est donc essentiel que ceux qui sont en préparation sous l'égide
du Groupe de Minsk soient acceptables pour les deux parties. C'est la partie
la plus difficile de ma vie que je vais engager, trente-deux ans après
avoir été élu pour la première fois à la
tête de l'Azerbaïdjan. C'est l'uvre d'une vie que je mets en
jeu, comme dans une partie de cartes. Et si l'on disait un jour de moi: "C'est
l'homme d'État qui a vendu le territoire de son pays"...
Le Figaro
: Vous jouez votre place dans l'histoire?
Haydar ALIEV : Oui. Et c'est bien pour cela que je veux
poursuivre et achever l'uvre commencée devant l'histoire. Mais
quand on parle de compromis, il faut qu'ils soient réciproques. Sinon,
on n'a pas le droit de parler de compromis.
Le Figaro
: Les partisans de la guerre sont-ils conscients que, s'ils l'emportaient,
toute l'entreprise de reconstruction de l'Azerbaïdjan s'écroulerait?
Haydar ALIEV : L'opposition comprend cela très bien
mais elle exploite la situation pour tenter de prendre le pouvoir politique.
La population, c'est différent. Elle est à bout de patience. J'entends
même des gens tout à fait compétents qui résument
le problème en disant: la libération des territoires ou la mort!
C'est ainsi.
Le Figaro
: Un mot sur la France, qui joue un rôle de médiateur entre
l'Azerbaïdjan et l'Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh. Sa
longue histoire commune avec le peuple arménien ne la disqualifie-t-elle
pas à vos yeux?
Haydar ALIEV : Non. Je suis arrivé à cette conclusion
au cours de mes entretiens avec le président Jacques Chirac. Je ne sais
pas si tout le monde en France pense comme le président Chirac mais j'ai
apprécié sa sagesse et sa vision équilibrée des
choses. Au reste, je doute que les quelques centaines de milliers d'Arméniens
qui vivent en France, 400 000 peut-être, puissent influencer un pays de
65 millions d'habitants. D'ailleurs, l'Arménien qui vit en France, que
sait-il du Haut-Karabakh? La France a une politique originale, que ce soit dans
le cadre de l'Otan, de l'ONU ou de l'Union européenne. Elle ne ressemble
pas à ces pays qui baissent la tête devant les États-Unis.
Nous pensons donc que la France peut occuper une position très forte.
Note :
Le point de vue du Président Haydar Aliev est extrémement grave.
D'une part, il nie l'histoire, en revendiquant un Karabagh Azeris, et d'autre
part, il mêne tout droit son pays au conflit.
Pour mieux comprendre Aliev lisez le Dossier sur l'Azerbaïdjan d'ArmenInews.
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