Le premier ministre arménien Serge Sarkissian élu président
LE MONDE | 20.02.08 | 18h20 • Mis à jour le 20.02.08 | 18h26
Les Arméniens ont voté en faveur de la continuité du pouvoir. Le premier ministre, Serge Sarkissian, a remporté l'élection présidentielle dès le premier tour, mardi 19 février. Il a recueilli près de 52,7 % des voix, selon les résultats quasi définitifs rendus publics par la commission électorale centrale. Le premier président de l'Arménie indépendante (1991-1998), Levon Ter Petrossian, a obtenu 21,5 % des voix, suivi d'Artur Bagdassarian, ex-président du Parlement (16,8 %).
Ces deux candidats n'avaient pas réussi à s'entendre au cours de la dernière ligne droite de la campagne, confortant les chances de victoire du représentant du pouvoir en place, qui a misé sur la poursuite de la politique engagée. M. Sarkissian se félicite notamment d'une croissance d'environ 13 % de moyenne ces trois dernières années.
Avant même la proclamation des résultats, l'entourage de Levon Ter Petrossian a dénoncé, durant la nuit, des manipulations multiples, des bourrages d'urne et des pressions exercées sur les électeurs. Il affirme que plusieurs de ses militants ont été battus. Autre grief : l'attitude de la commission électorale centrale, qui aurait volontairement retardé la publication des résultats dans les bureaux de vote très favorables à l'ancien président. Estimant que Levon Ter Petrossian l'a emporté dès le premier tour, son équipe dénonce un "coup de force criminel". Au cours de la campagne, Serge Sarkissian avait déjà été accusé par l'opposition d'utiliser les ressources administratives et les chaînes de télévision pour soutenir sa candidature.
M. Ter Petrossian, qui a réussi un retour inattendu au cours de cette campagne après une décennie de retrait, ne semble guère disposé à accepter sa défaite face à un régime qu'il a qualifié de "mafieux". Son camp a immédiatement appelé les Arméniens à manifester, mercredi 20 février, dans les rues de la capitale Erevan. Il était parvenu à rassembler 50 000 personnes, trois jours avant le scrutin, dans une rare démonstration de force.
Avant même le début du rassemblement, mercredi, les autorités ont déployé dans Erevan d'importants renforts policiers, notamment à proximité des lieux de pouvoir comme le Parlement, écrivent les médias arméniens. La crainte de nouveaux troubles et d'affrontements est présente chez tous les observateurs. Le 27 octobre 1999, un commando armé avait fait irruption dans le Parlement, tuant huit hauts responsables.
Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 21.02.08.