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Sylva Kapoutikian (1919)
Née
à Erévan. Après des études à l'Université
d'Etat, elle se rend à Moscou, à l'Institut de Littérature
M. Gorki. Son premier recueil, « Avec les jours », paraît
en 1945. Elle a publié ensuite « Au bord du Zangou » (1947).
« Mes Intimes » (1951) qui lui valut en 1952 le. Prix d'Etat de
l'Union Soviétique, « Conversation à cur ouvert »
(1955), « Bon voyage » (1957), «Méditation à
mi-chemin» (1961).
Lilith
Tu es cette étincelle au silex arrachée,
Ce riche éclair du jour clapotant des néons,
Depuis toujours légère, insondable, infinie, '
Lilith, Lilith.
Dès le commencement, ô toi, chiffre, écriture,
Surgie de ce désir obscur de l'âme, énigme,
Et plus chère et plus douce encore d'être énigme,
Lilith, Lilith.
Tu es ce poids dans notre cur, ce jour de fête
Toi ma source, ma joie, ma jalousie, ma fièvre,
Tourbillon dailes, toi, ce corps et toi la chute,
Lilith, Lilith.
Partout le pain, la terre et le souci, mais toi,
Cet éclat seul, illusion chaque jour nouvelle,
Charmeuse et tourmenteuse, et qui brûle et se brûle,
Lilith, Lilith.
Là-bas voici la chambre chaude, et toi, - la rue,
Le foyer, toi, cette flamme au bûcher qui danse,
Et ce repos là-bas, sans trouble ni douleur,
Lilith, Lilith.
Eve là.bas, ô toi, hors-la-loi, incertaine,
Stérile, toi, clameur si vive de mon sang,
Hors le terre, hors le ciel, seule éternellement,
Lilith, Lilith.
Traduction : Lionel Ray
Tu es parti...
Mais, je le sais, j'en suis sûre,
Je te suivrai, je viendrai où que tu sois;
Dans ton âme je vis, je suis sans mesure,
II n'y a nulle place pour autre que moi.
Devant toi peuvent scintiller maints visages,
C'est moi qui te regarderai de leurs yeux,
Dans chaque voix tu entendras mon langage,
Dans chaque son tu percevras mes aveux.
Et quand le soir tu iras par les allées,
C'est mon regard que renverra le néon,
Et quand t'effleureront les feuilles mouillées,
Tu sentiras mon souffle dans ton sillon.
Chez toi quand tu t'enfonceras dans les livres,
C'est moi que tu verras, et par la croisée
Avec la brise j'entrerai, sur tes lèvres
De la cigarette je serai fumée.
Et si toutefois tu fermes la croisée,
Je deviendrai bourrasque, vent, ouragan,
Te briserai les carreaux et j'entrerai
Dans ta chambre, dans ton monde et tout le temps
Je brouillerai
Ta vie
Ton âme
Tes
papiers...
Non, tu ne peux, tu ne peux pas m'oublier!...
Texte poétique traduit par Albert Andonian qui écrit
au sujet de Sylva Kapoutikian : "Ses chants d'amour où elle est
surtout à l'aise, ne sont nullement un lamento de l'absence, comme c'est
souvent le cas dans la poésie féminine, mais la jouissance même,
sans adieu définitif, et par conséquent l'espoir, la certitude
de la rencontre et donc, de nouveau, l'incantation." ( page 26 de son livre
"Confession dun poète", Paris 2000)
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