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Albert Andonian (1926- )
Il a traduit intégralement le recueil « Poésie. LArménie
éternelle », qui fut publié aux Editions « Bureau
Dendy » de Moscou en1992 avec laide de lA.C.A.M.
et de la participation active de son président Philipppe Pilibossian.
La présentation est de Claude Moutafian.
Albert Andonian par ses traductions fait connaître la poésie arménienne
en France et ne manque pas den réveiller les admirateurs assoupis.
En effet Albert Andonian en lisant loriginal, na-t-il pas conversé
et polémiqué avec nombre dauteurs, na-t-il pas vu
le Mont Ararat maintes fois émerger dun brouillard matinal, na-t-il
pas grimpé les tortueux sentiers des montagnes du Lori, cherché
linspiration dans les lieux sacrés dArménie et étanché
sa soif aux fontaines dErévan ? Tout cela ne lui a-t-il pas conféré
un avantage certain ? Le lecteur jugera, nous dit-il avec lappréhension
du traducteur.
Cependant ce traducteur d'Arménie est aussi un poète de son pays
et de son temps. Voici un poème de lui qui ne peut que nous serrer le
coeur.
Décembre-88
Les mots, subitement, ont perdu leur valeur.
Hier encore expressifs, aujourd'hui dépassés,
Ils ne disent plus rien tant est grand le malheur
Dont le peuple arménien ce jour-là fut frappé.
C'était le dernier mois d'une maudite année
Dont déjà le deuxième s'appelait Soumgaït
Et dont tous les suivants, sceau de la destinée,
Prouvèrent que pour nous, justice nest qu'un mythe.
Midi allait sonner. Quelques instants encor
Et des nuées d'enfants devaient s'éparpiller,
Encor quelques instants et allait sonner lheure
Où tous les ateliers commencent à se vider.
Et juste à ce moment s'est détourné de nous,
Ce Dieu, au nom duquel, il y a deux mille ans,
Mon peuple le premier a plié le genou
Pour accepter sa foi, subir le yatagan.
Depuis, au fil des ans, subissant tour à tour
Le joug de ses voisins et maintes invasions,
Mon peuple écartelé et presque sans secours
A connu peu d'espoir et beaucoup d'illusions.
Notre siècle non plus ne fut pas sans périls,
Un million et demi d'Arméniens massacrés,
Autant, si ce nest plus condamnés à 1'exil
Loin de la Mère Patrie, loin de nos lieux sacrés.
Suffit Seigneur, suffit, suffit de nous aimer!
Nous n'avons d'autres bains que ceux de notre sang;
Après tant de malheurs, le doute va germer:
Nous serions-nous trompés, il y a deux mille ans?
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