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Levon Minassian

LEVON MINASSIAN
AND FRIENDS
Titre de l’album : THE DOUDOUK BEYOND BORDERS
Catalogue : “Long Distance” (longdistance@imagine.fr)
Production : Armand Amar
Durée : 55:10 minutes, 9 titres
Prix : 21,34 euros à la fnac
Disponible à la Fnac ici
Découvrez ou retrouvez le doudouk à travers cet album interprété
par un des meilleurs joueurs de sa génération et sans aucun doute
le plus talentueux en Europe de l’Ouest…
LEVON MINASSIAN
L’histoire de Lévon Minassian débute bien avant sa naissance.
En 1915, quelque part près du lac de Van, sur un territoire faisant partie
de la Turquie mais habité principalement par des Arméniens. Le
24 avril de cette année-là, commence le massacre systématique
de la communauté arménienne. Un événement marquera
surtout les mémoires : la déportation de centaines d’Arméniens,
contraints à une longue marche à travers le désert de Deir
ez Zor, où la plupart périrent d’épuisement…
Ceux qui survécurent à cette traversée s’enfuirent
pour former la diaspora actuelle. Environ 1 500 000 personnes furent tuées.
La famille Minassian a pu échapper aux massacres. Un des frères
émigra aux Etats-Unis, un autre dans l’actuelle Arménie,
et deux s’installèrent à Marseille. L’un d’eux,
Souren Minassian, sera le grand-père de Lévon.
C’est donc à Marseille qu’est né Lévon Minassian,
ville où la communauté arménienne est très soudée.
Très vite, des associations sont créées pour perpétuer
la mémoire du pays perdu.
« Nos parents nous y inscrivaient d’office », se souvient
Lévon Minassian. La reconnaissance d’un génocide est un
effort quotidien. Issu d’une famille de musiciens – son père
était violoniste – il joue, très jeune, de la mandoline
dans un groupe folklorique. En 1974, Lévon Minassian effectue son premier
voyage en Arménie. Il a seize ans. Ce retour aux sources constitue une
étape décisive dans sa formation de musiciens puisqu’il
ramène un doudouk. Et annonce à sa famille qu’il veut apprendre
à en jouer. Maos comment faire sans professeur ? Commence alors un long
apprentissage. Adolescent, Lévon Minassian, accompagné de sa famille
et surtout de sa jeune sœur Roselyne, suit les artistes arméniens
dans leurs tournées en France. Roselyne Minassian a, depuis, obtenu une
médaille d’or au conservatoire national de Marseille et travaillé
le chant avec un des plus grands compositeurs arméniens de ce siècle,
Khatchadour Avedissian. On peut écouter sa voix veloutée sur un
morceau de ce disque : Odjaroum. A l’époque donc, Lévon
Minassian poursuit les musiciens jusque dans leurs hôtels pour grappiller
quelques informations. A partir de la fin des années 70, il retourne
plusieurs fois en Arménie travailler son doudouk avec des maîtres.
Notamment auprès de Djivan Kasparian et de Valodia Haroutiounian. «Je
faisais de la mendicité de notes », se souvient Lénon Minassian.
Ce qui n’est pas simple : les joueurs de doudouk ne partagent pas leur
art très facilement. Ils ne divulguent pas toujours leur technique, mais
maintiennent dans le secret cette tradition ancestrale qui ne se transmet qu’entre
initié.
Depuis, cet artiste s’est entraîné sans cesse. Ce qui lui
a donné la force et la patience, c’est un incroyable amour pour
son instrument. Petit à petit, celui qui n’a jamais recherché
la célébrité fut reconnu comme le plus talentueux joueur
de doudouk d’Europe de l’ouest. On a fait appel à
lui pour interpréter des musiques de film, en particulier celle de Mayrig,
d’Henri Verneuil, en 1991. Invité comme soliste par le président
de la république, il a joué à l’Elysée lors
de la visite, en 1996, du président arménien. Il a travaillé
avec Kalil Cheïn et avec Manu Katche. Mais un événement incroyable,
surtout a changé sa vie : en 1992,
Peter Gabriel l’appelle pour enregistrer un disque. Lévon
Minassian le suit dans sa tournée mondiale, « Secret World »,
en 1993-94. Il ouvre en soliste, les concerts.
Il découvre la notion de musique du monde. Ce sera, pour lui, une véritable
prise de conscience. Chaque rencontre avec des musiciens d’autres cultures
constitue un événement inoubliable.un peu comme si une autre philosophie
les unissait.
Aujourd’hui, Lévon Minassian vit toujours à Marseille, hors
du monde et des mondanités. Modeste, il s’étonne de la tournure
qu’ont pris les événements ces dernières années.
Il l’a toujours fait, jouant inlassablement des mélodies très
anciennes. Cet enregistrement est son premier disque.
LE DOUDOUK
Le doudouk est un instrument de 25 à 40 centimètres, de la famille
des hautbois, que l’on tient horizontalement. Réalisé en
bois d’abricotier, il est percé de neuf trous. Une anche double
exceptionnellement longue et large, en roseau, s’emboîte dans une
de ses extrémités. Elle est enserrée d’une bague
qui, en modifiant son ouverture, permet d’accorder l’instrument.
Le doudouk possède un son très grave, mélancolique : «
Il est de souffrance » explique Lévon Minassian.
L’instrument ne dépasse pas une octave et une tierce et possède
donc peu de notes. Aussi, tout est dans la virtuosité de l’artiste,
dans l’agilité des doigts et la maîtrise du souffle. C’est
un instrument extrêmement difficile, que seul un travail quotidien permet
d’apprivoiser.
« C’est l’âme du peuple arménien »,
se plaît à dire Lévon Minassian. Très répandu
en Arménie, le doudouk est devenu, pour la diaspora, le symbole du pays
des origines. Il accompagne ou remplace la voix dans un orchestre ou
en solo. Traditionnellement, deux doudouks jouent ensemble, l’un interprétant
la mélodie et l’autre le bourdon (une note tenue) appelé
là-bas dam. Le doudouk est un instrument très ancien. Il n’a
pas toujours eu un son aussi profond qu’aujourd’hui. Les derniers
grands maîtres arméniens ont, il y a une quarantaine d’années,
travaillé l’embout pour obtenir un son plus doux. En Europe,
le grand public a découvert cet instrument grâce à l’album
Passion de Peter Gabriel, qui est la musique de La dernière tentation
du Christ, un film de Martin Scorsese.
SYLVIE TANETTE
Ce disque est un pari. Il est le fruit d’un formidable travail d’équipe,
né de la volonté de la clarinettiste Carol Robinson qui, comme
moi, était tombée amoureuse des notes de Lévon. Il a fallu
deux ans pour le réaliser. Nous avons choisi de mêler au doudouk
d’autres instruments issus de culture très différentes afin
de proposer une nouvelle approche de la musique arménienne. Je voulais,
en quelque sorte, la mettre en scène, et que le doudouk joue un rôle
unificateur. Pour tous ceux qui s’intéressent aux musiques du monde,
il s’agit d’un instrument mythique. Lévon s’est montré
enthousiaste. Tout en désirant faire connaître sa culture, il était
séduit par cette façon d’ouvrir les frontières, et
de ne pas se contenter de copier les anciens. Il a eu le courage de nous faire
confiance. Au début, nous avons sélectionné ensemble des
mélodies traditionnelles. Nous avons pris soin de rassembler des thèmes
d’une grande diversité : chants de labours, chants religieux, balades
amoureuses. Lévon a joué sans se préoccuper de ce qu’allaient
faire les autres. Très vite, nous avons su quels instruments intégrer
à sa musique. C’est une question de timbre. Des musiciens furent
trouvés rapidement. Tous sont des spécialistes de musique traditionnelle
et certaine ont déjà enregistré avec Long Distance. Et
puis , il a fallu tout réunir. Le violoniste indien, par exemple, n’avait
jamais entendu de doudouk. Il a écouté un enregistrement toute
une nuit, pétrofié d’admiration pour ce son unique. Et a
accepté de participer à l’aventure. En fait, tous ces solistes,
tampur, ney, piano ou percussions, ont inventé des réponses aux
thèmes de Lévon. L’idée c’était que
chaque musicien joue comme il le ferait dans sa propre musique, comme s’il
accompagnait une voix. Tous ont travaillé d’oreille, sans partition.
Pour eux, il s’agissait en somme d’une improvisation sur un thème
donné. Quant au synthétiseur, il remplit la fonction du second
doudouk, qui, habituellement, joue un bourdon. Mais il ne fallait pas pour autant
une enrobage statique. Pour chaque thème, j’ai composé
un accompagnement différent. Ce n’est donc pas la musique arménienne
qui s’est adaptée à d’autres instruments. Au contraire,
ce sont les solistes invités qui ont inscrit un commentaire sur ces notes.
Comme le dit parfois Lévon : «Les musiques…Elles doivent
se rencontrer un jour ».
ARMAND AMAR
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